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CES : des technologies au service du bien commun ?

11.01.2019

Au salon mondial de l’innovation technologique en électronique, à Las Vegas du 8 au 11 janvier, les start-ups qui veulent avoir un impact positif sur le monde se font une place parmi les écrans géants, et les questions d’éthique s’invitent à la fête.

Au salon mondial de l’innovation technologique en électronique, à Las Vegas du 8 au 11 janvier, les start-ups qui veulent avoir un impact positif sur le monde se font une place parmi les écrans géants, et les questions d’éthique s’invitent àA Las Vegas, l’éthique s’immisce cette année dans les allées du Consumer Electronic Show (CES), le plus grand salon mondial de l’innovation électronique destiné au grand public.

4 500 exposants et 1 200 start-ups1 sont venus dévoiler leurs produits derniers-nés à quelques 180 000 visiteurs et 6 500 journalistes venus du monde entier, dans une surenchère de capteurs, de gigantisme d’écrans, de nombre de pixels par pouce…

Mais au milieu de ces démonstrations de virtuosité technologique fleurissent aussi des innovations qui ambitionnent d’avoir un impact positif pour la société ou pour la planète.

7 start-ups françaises qui œuvrent « pour un monde meilleur » récompensées

Parmi celles-ci se trouve le bracelet connecté App-elles, conçu pour permettre aux femmes victimes d’une agression d’alerter leurs proches et de transmettre leur localisation aux services d’intervention.

Le projet a été développé par l’association nantaise Résonance, dont la fondatrice Diariata N’Diaye2 a été mise à l’honneur cette année par l’organisateur du salon, la Consumer Technology Association dirigée par Gary Shapiro, dans la catégorie « tech for a better world » (ie : la technologie pour un monde meilleur) qui compte 35 lauréats, soit l’une des 28 catégories les mieux représentées cette année3.

Six autres innovations venues de France figurent dans cette catégorie : la chaussure connectée fabriquée dans les Pays-de-la-Loire par E-Vone, qui détecte la chute d’une personne âgée et alerte les secours ; le jardin en réalité augmentée conçu à La Rochelle par Ullo, qui stimule et relaxe les personnes souffrant de troubles cognitifs ; l’application du lyonnais Meersens, qui mesure en temps réel les composantes de l’environnement de l’utilisateur (qualité de l’air, UV, pesticides, ondes) ; ou encore le réfrigérateur autonome portatif de la start-up parisienne Lifeina, destiné à accueillir les médicaments à garder au froid (tels que l’insuline) pour permettre aux malades de s’affranchir des contraintes logistiques liées à leur traitement de longue durée.

Entre idéal et gadget

« Au cours de ma carrière dans l’industrie médicale, j’ai lancé plus de 200 produits, et celui-ci est sans aucun doute ma plus grande fierté : il change le quotidien des utilisateurs qui m’écrivent pour me remercier de leur avoir vendu un produit. Pour moi, c’est une première ! », constate Uwe Diegel4, le fondateur de Lifeina, qui participe au CES avec le Groupe La Poste.

« Il ne s’agit pas d’être naïf : la « tech for good » est un idéal, et il y a peu de projets qui sont réellement gagnants pour tout le monde. Beaucoup de produits connectés destinés à la santé relèvent du gadget », estime ce serial entrepreneur, convaincu que le big data5 peut permettre de créer de nouveaux traitements et de réduire le coût des assurances santé6.

La technologie au service de tous c’est aussi respecter la vie privée

« La « tech for good » prend de l’ampleur au CES, même si ce n’est pas la problématique principale du salon, notamment dans les domaines de la santé et du bien-être », constate Olivier Ezratty, expert en technologies7 qui participe cette année à son 14ème CES.

« Une technologie peut être au service du bien commun lorsqu’elle répond à d’autres enjeux : réduire le coût d’accès aux réseaux de télécommunications (qui est en France parmi les plus faibles au monde), ou encore respecter la vie privée des utilisateurs. Les échanges décentralisés grâce à des projets sur la blockchain sont également prometteurs, mais il est trop tôt pour dire s’ils s’inscriront ou non dans la « tech for a better world » car leur modèle économique n’est pas encore établi.

C’est en effet avec la monétisation de l’offre que se révèlent les enjeux : à leurs débuts, Google et Facebook proposaient des offres distribuées et ouvertes, très sympathiques, et ce n’est que lorsqu’ils ont mis en place leur business model que la question du respect de la vie privée s’est posée. »

L’utilisation des données personnelles s’est imposée comme une thématique phare cette année au CES, après les scandales à répétition qui ont visé Facebook en 2018 – à commencer par l’affaire Cambridge Analytica, qui avait collecté des données personnelles de 87 millions d’utilisateurs afin d’influencer les électeurs dans la campagne présidentielle américaine de 2016.

Apple, qui brille par son absence à chaque édition du CES, a pris position dans le débat via un affichage publicitaire géant vantant que les données utilisées par ses smartphones ne sortent pas de l’appareil – contrairement à son concurrent direct Google qui, lui, en fait commerce.

Le respect de la vie privée devient donc un nouvel argument commercial, qui pourrait profiter aux entreprises françaises. Plusieurs d’entre elles ont en effet développé des services et des objets connectés capables de fonctionner sans avoir à stocker les données de l’utilisateur en ligne (dans le cloud) : Snips, Linagora ou encore Baracoda se distinguent en la matière au CES, selon Olivier Ezratty.

La France en pointe en matière de « tech for a better world »

Si les entreprises françaises sont aujourd’hui à la pointe, c’est qu’elles ont identifié très tôt le besoin de concevoir une technologie garante du respect de la vie privée.

Culturellement comme juridiquement, la France fut pionnière dans la réflexion sur l’utilisation des données personnelles, qu’elle a encadrée bien avant l’entrée en vigueur du RGPD le 25 mai dernier au niveau européen.

De même, il existe une tradition française en matière de produits et de services pour le bien commun : le secteur de l’économie sociale et solidaire (associations, coopératives, mutuelles) constitue historiquement un pilier économique fort de notre pays, et de nombreuses start-ups françaises s’inscrivent aujourd’hui dans cette mouvance. Elles font notamment connaître leurs initiatives lors de la Social Good Week, organisée chaque année.

Le 23 mai dernier, elles étaient reçues à l’Elysée à l’occasion du premier sommet « Tech for Good », auquel les ténors de la Silicon Valley étaient également conviés.

Dans une tribune publiée par Libération, Ismaël Le Mouël8 et Léa Thomassin, les coorganisateurs de la Social Good Week, se sont démarqués de ces géants en soulignant qu’« être «Tech For Good», c’est d’abord se préoccuper de l’impact social de l’innovation. De sa capacité à être mise au service de l’humain et des enjeux globaux de nos sociétés. C’est mettre la technologie dans les mains des plus fragiles comme Emmaüs Connect, Singa ou Bayes Impact. La rendre libre et non-propriétaire comme Framasoft ou Qwant, partager son savoir-faire comme Simplon. »

Peut-être le manifeste d’une nouvelle « french touch ».


1 Parmi eux figurent 421 entreprises françaises, dont 360 start-ups.

2 Fondatrice de l’association et chanteuse, Diariata N’Diaye a été nommée chevalier de l’Ordre national du Mérite en novembre dernier.

3 La catégorie « tech for good » est la deuxième catégorie comptant le plus de lauréats après « smart home » qui en recense 62. Au total, 55 produits français ont reçu l’un des 498 awards décernés en 2019 dans 28 catégories, qui comptent 17 lauréats en moyenne mais peuvent aussi n’en mentionner qu’un seul.

4 Ancien PDG d’iHealth Europe, Uwe Diegel a remporté - entre autres - un concours de dessin industriel organisé par la NASA, deux distinctions au Concours Lépine en 2005 et 2011, et le Prix Galien 2018, qui distingue les meilleures innovations dans le domaine de la santé.

5 Technologies prédictives issues de la collecte et du traitement de gros volumes de données anonymisées.

6 En France, les assureurs appellent eux aussi à ouvrir l’accès aux données publiques de santé, de façon anonymisée. Connaître le nombre de personnes concernées par les diverses pathologies de longue durée leur permettrait d’affiner leurs prévisions des besoins d’indemnisation et de moduler les cotisations en fonction.

7 Olivier Ezratty publie chaque année un Rapport détaillé sur le CES. L’édition 2019 sera publiée le 29 janvier, et consultable gratuitement.

8 Polytechnicien et diplômé d’HEC, Ismaël Le Mouel a cofondé Hello Asso, une plateforme de crowdfunding pour les associations, et est co-organisateur de la Social Good Week. la fête.

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