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Environnement
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Le coût environnemental du numérique augmente

14.12.2018

La part d’énergie mondiale utilisée pour produire des appareils numériques et utiliser des services en ligne a doublé par rapport à 2012 et ne cesse de croître. Des solutions existent pour rendre la croissance numérique plus soutenable.

A l’heure de la transition écologique, le numérique propose des solutions autant qu’il pose des défis. En effet, l’Internet au niveau mondial engloutit actuellement l’équivalent de deux fois la consommation énergétique de la France, soit 1500 térawattheures.

D’après les estimations réalisées par Françoise Berthoud, chercheuse en informatique au CNRS et directrice du groupe de travail « pour une informatique responsable » EcoInfo, le secteur des nouvelles technologies absorberait ainsi 10% de l’électricité mondiale, suivant une consommation croissant de 8% par an, tandis que la consommation d’électricité globale ne progresse que de 3% par an.

Selon elle, ce secteur serait aussi responsable de près de 4% de nos émissions de gaz à effet de serre, soit une part équivalente à celles issues de l’aviation civile en 2013, et qui devrait correspondre aux niveaux d’émission de l’industrie automobile d’ici à 2025.

Le stockage des données dans les data centers, principal poste de consommation énergétique du secteur des nouvelles technologies il y a dix ans, ne mobilise plus qu’un sixième des besoins en énergie. Un rééquilibrage lié aux efforts menés par ces centres de stockage pour réduire leur empreinte carbone, mais aussi à l’augmentation de la consommation d’autres secteurs du numérique.

A titre d’exemple, les réseaux qui transportent les informations numériques sont désormais tout aussi énergivores que les datas centers ; une observation qui s’applique aussi aux équipements individuels (smartphones, tablettes, ordinateurs fixes ou portables) adoptés par un nombre croissant d’utilisateurs.

Mais c’est surtout la fabrication de ces appareils qui est particulièrement gourmande en énergie : en 2017, elle absorbait à elle seule la moitié de la consommation énergétique du secteur du numérique.

Cette étape de la vie d’un appareil concentrerait d’ailleurs les trois quarts de son empreinte environnementale totale - incluant la consommation de toutes les ressources nécessaires à sa production telles que l’eau et les métaux – selon une étude de l’Ademe et France Nature Environnement publiée en septembre 2017.

Les nouvelles technologies sont gourmandes en métaux rares

24 millions de téléphones portables sont vendus en France chaque année depuis 2012, et un foyer français possède en moyenne 2,4 appareils. Or, pour produire un seul smartphone, il faut mobiliser plus de 70 kg de ressources naturelles et jusqu’à 50 métaux différents.

Un smartphone contient par exemple 34 mg d’or, utilisés notamment pour fabriquer sa puce électronique. Dans un rapport d’information remis en septembre 2017, la sénatrice Marie-Christine Blandin souligne qu’il faut 200 grammes d’or pour produire une tonne de cartes électroniques (pesant environ 2 grammes chacune), alors qu’une mine permet d’extraire entre 0,7 et 5 grammes d’or par tonne de roche excavée.

Les nouveaux smartphones achetés chaque année par les Français nécessitent donc l’extraction de 2000 à 14000 tonnes de roches dans les mines pour fournir la quantité d’or nécessaire à leur fabrication. Or « l’exploitation des minerais s’accompagne de conséquences désastreuses pour l’environnement mais aussi pour les populations locales, comme en Chine avec le néodyme ou encore en République Démocratique du Congo avec le tantale et le cobalt », souligne Héloïse Gaborel, chargée de mission à France Nature Environnement.

9 Français sur dix renouvellent leurs appareils alors qu’ils fonctionnent encore

Pour réduire l’impact environnemental des nouvelles technologies, cette association a lancé un appel conjoint avec l’Ademe en faveur d’une consommation plus responsable de nos appareils numériques : 88% des Français changent de téléphone portable tous les deux ans, alors que l’ancien fonctionne encore.

Témoignant lors d’une conférence organisée par France Stratégie en 2018, Laëtitia Vasseur, la co-fondatrice et déléguée générale de l’association Halte à l’obsolescence programmée (HOP), a estimé que « le taux de renouvellement excessif des produits n’est pas soutenable à long terme ». En effet, selon elle, la durée de vie des ordinateurs a été divisée par 3 en 30 ans (passant d’une durée de 11 ans à 4 ans aujourd’hui).

Un cycle de vie raccourci qui touche tous les outils numériques, couplé à une diversification croissante résultant de la généralisation des tablettes et des smartphones. ~~HOP plaide donc pour freiner cette « obsolescence esthétique », encouragée par le marketing, qui pousse à renouveler des équipements encore fonctionnels.

~~Elle milite également pour faire connaître la loi de 2015 qui sanctionne le délit d’obsolescence programmée (technique ou logicielle), et pour établir une réglementation contraignant les fabricants à soumettre leurs appareils à des tests indépendants pour évaluer leur durabilité et leur réparabilité. Ainsi, un indicateur fiable et standardisé pourrait être établi afin de guider le consommateur dans son parcours d’achat responsable.

Moins d’un quart des matériaux d’un smartphone sont recyclés

Selon l’Ademe, 30 millions de téléphones portables obsolètes dorment dans nos tiroirs et seuls 15% des smartphones sont actuellement recyclés. Moins du quart des matériaux qu’ils contiennent peuvent être réutilisés, à cause des alliages subatomiques qui sont réalisés lors de leur fabrication et qui sont ardus à déconstruire. Un meilleur recyclage des appareils implique donc une conception adaptée par le fabricant.

Pour réduire le poids environnemental de la production d’appareils neufs et ralentir l’épuisement des gisements de métaux, l’Ademe encourage les consommateurs à faire réparer leurs anciens appareils et à s’équiper en matériel reconditionné, proposé par des entreprises spécialisées dans cette activité, qui sont de plus en plus nombreuses.

Le numérique pourrait consommer 20% de l’électricité mondiale en 2025

D’ici à 2025, la consommation énergétique des nouvelles technologies pourrait atteindre 20% de la consommation totale au niveau mondial, du fait de l’évolution de nos usages. La popularité du streaming décuple en effet les besoins tant au niveau des réseaux que des appareils individuels : une heure de vidéo regardée en ligne consomme autant d’énergie qu’un réfrigérateur pendant une année entière. 1

L’engouement pour les jeux vidéo en ligne pèse aussi sur les ressources : un personnage virtuel de Second Life consomme autant d’énergie qu’un habitant du Brésil, selon les calculs du journaliste américain Nicholas Carr en 2006.

Le développement des objets connectés (réfrigérateurs, voitures, etc.), qui devraient franchir le cap des 50 milliards d’appareils dès 2020, pourrait renforcer cette tendance. Mais Olivier Berder, professeur à l’IUT de Lannion, à l’Université de Rennes 1 et responsable de l’équipe Granit de l’Irisa, se montre au contraire optimiste : il estime que les objets connectés (IoT) vont apporter des solutions nouvelles pour nous aider à mieux maîtriser nos consommations en électricité et en eau, tout en mobilisant moins d’énergie pour fonctionner qu’un ordinateur de bureau.

La feuille de route pour réduire notre empreinte environnementale liée au numérique serait donc simple : s’équiper en objets connectés, faire réparer ses appareils plutôt que de les remplacer par des neufs… et regarder moins de vidéos de chats mignons.


1 Source : Rapport Clicking Clean 2017 - Greenpeace

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