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Le Self Data, une nouvelle économie de la donnée ?

24.05.2017

La confiance entre organisations et individus est en crise depuis des années. Pour sortir de cette situation par le haut, le Self Data, qui implique de partager le pouvoir des données peut être une des solutions.

“Si j’ai une information sur vous, vous l’avez aussi. Et vous en faites… ce qui a du sens pour vous !”

On observe aujourd’hui que les grandes organisations collectent de plus en plus de données personnelles, qu’elles traitent grâce à des outils puissants, alors que leurs clients et usagers, eux, en tirent peu de valeur… ce dont ils commencent à se rendre compte ! L’usage des ad blockers n’est qu’un des signaux de cette prise de conscience. Comment sortir de cette crise par le haut ?

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Source : Explorateur de données - Mes datas et moi"

Le Self Data, partager le pouvoir des données

Et si nous imaginions un monde plus symétrique, dans lequel la valeur des données personnelles serait davantage partagée entre les organisations et leurs clients ? C’est la piste que la Fing - association et think tank - a souhaité explorer dès 2012 en lançant le projet MesInfos. D’autres acteurs, ailleurs dans le monde, se sont engagés sur la même voie : le projet “VRM” (Gestion de la relation vendeur), impulsé par des chercheurs de l’Université d’Harvard, vise à dessiner les contours de systèmes d’information des individus, qui leur permettrait de dialoguer avec les systèmes d’informations des entreprises. Aux Etats-Unis, ce sont deux projets sectoriels (énergie et santé (1) ) qui ont été impulsés par le gouvernement, afin de permettre aux individus de télécharger leurs données et de les réutiliser grâce à des services tiers. Au Royaume-Uni, un projet multisectoriel, nommé MiData, visait à redistribuer de l’information aux individus afin de les aider à faire des choix de consommation plus éclairés…

Le contexte réglementaire pousse dans ce sens ; le Règlement Européen sur la Protection des Données Personnelles, instauré par l’Union Européenne en 2016, crée ainsi un droit à la portabilité pour les individus, qui pourront désormais télécharger une part importante de leurs données ou les transférer à des services tiers.

Ce paradigme naissant a désormais un nom : le Self Data. Par Self Data, nous entendons la capacité offerte aux individus de collecter, stocker, comprendre et utiliser leurs données personnelles et de les partager avec des acteurs ou services tiers - s’ils le souhaitent - sous leur contrôle total.

Dans le cadre du projet MesInfos, la Fing a convaincu plusieurs organisations de partager les données personnelles qu’ils détiennent avec leurs clients ou usagers, durant une première expérimentation de 8 mois, menée en 2013.

2013-2014 : une première expérimentation du Self Data

300 testeurs ont reçu leurs données personnelles (banque, assurance, donnée de tickets de caisse…) de la part de 6 grandes organisations. Chaque individu pouvait ainsi récupérer ses informations et les stocker sur sa plateforme privée fournie par la startup de cloud personnel CozyCloud ; il pouvait en outre utiliser ses données personnelles grâce à 15 services prototypés par des startups, des développeurs, des designers, des étudiants, etc. (plus de 50 concepts ont aussi été scénarisés pendant ces 8 mois). Un service leur permettait notamment d’obtenir et de suivre leurs émissions hebdomadaires ou mensuelles de CO2, basées sur leurs données de consommation. Un autre était un PFM (Personal Finance Manager, un agrégateur bancaire) destiné à aider les utilisateurs à mieux comprendre leurs relevés bancaires, en accédant aux factures derrière chaque ligne du relevé ; dernier exemple - plus léger - les testeurs pouvaient recevoir des rapports mensuels déclinant différents “fun facts” tirés de leurs données : “ce mois-ci vous avez été plutôt carnivore ou végétarien”, “ce mois-ci vous avez été plutôt aventureux ou routinier”…

L’expérimentation nous a beaucoup appris. Pour la plupart des gens, les données personnelles sont des objets abstraits. Nous sommes de plus en plus nombreux à être conscients que des acteurs collectent et utilisent nos données, mais lorsqu’on nous les “rend” telles quelles, difficile de savoir qu’en faire… Si ce partage de données est essentiel, il doit donc s’accompagner de services, même basiques (par exemple pouvoir les visualiser), pour nous permettre de les utiliser. Nous avons commencé à en explorer la valeur d’usage pour les individus, mais nous n’en sommes qu’au début.

Image “Que peut-on faire avec ses données -”
Découvrez les services et applications (1) illustrant le principe du Self Data dans cette cartographie collaborative.

Nous sommes actuellement aux prémices de cette transformation : du côté des organisations, “restituer” les données personnelles est un projet ambitieux, transverse et de long terme. Les systèmes d’information ne sont pas construits pour partager des données avec les clients ou usagers. Ce changement va prendre du temps, bien que certaines organisations, comme la Maif, s’engagent publiquement dans le Self Data. Mais c’est bien l’intérêt de ce type d’expérimentation : pouvoir prendre de l’avance, ensemble, et commencer à bâtir l’écosystème du Self Data.

2016-2017, une nouvelle étape : le pilote MesInfos

Pour concrétiser ce paradigme, la Fing et ses partenaires ont décidé de franchir une nouvelle étape, en lançant le pilote MesInfos en 2016. On y retrouve la plupart des parties prenantes de l’expérimentation : organisations détentrices de données, individus testeurs, plateforme de données personnelles, innovateurs et startups… Mais cette nouvelle étape n’est cette fois pas limitée dans le temps, et les process mis en œuvre (par exemple pour la transmission des données) sont construits pour durer, voire pour s’étendre. Faire émerger de nouveaux services pour les individus sur la base de leurs données, outiller de nouveaux usages, de nouveaux modèles économiques, de nouvelles relations… voilà ce qui nous attend. Concrètement, en décembre 2016, près de 300 bêta-testeurs ont déjà pu accéder à certaines de leurs données (journal d’appels et de communication, données de contrat d’assurance, données bancaires, factures et contrats d’énergie…) et les utiliser grâce à leur plateforme de cloud personnel Cozy. Une deuxième vague de testeurs - jusqu’à 3000 - participeront au pilote à compter de l’été 2017.

Nous apprendrons sans doute encore beaucoup de cette nouvelle étape ; une équipe de chercheurs est impliquée, nous n’hésitons pas à partager les avancées du projet à ciel ouvert et avec des acteurs et projets similaires partout en Europe. Nous n’en sommes qu’au début, mais l’enjeu de la démarche collective MesInfos, menée par la Fing, est bien de parvenir à lancer une dynamique pérenne autour du Self Data, afin que chacun d’entre nous dispose de la connaissance et de l’usage de ses données personnelles.

Marine Albarède et Manon Molins – Fing

(1) Contenu en anglais.

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