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Usages numériques
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Les sciences participatives : le numérique au service de la science

04.02.2021

Compter les oiseaux, recenser les plantes sauvages, enrichir une IA… Les sciences participatives connaissent un gros engouement. Outil pédagogique, il s’agit aussi d’un moyen pour les scientifiques de collecter de nombreuses données.

« Confinés mais aux aguets ». Pendant le confinement du printemps 2020, l’Observatoire participatif des oiseaux de jardins appelle à un grand comptage national des oiseaux. Les Français sont bloqués chez eux, le moment est idéal pour organiser un décompte : un projet utile en cette période troublée et une sacrée récolte de données pour les scientifiques ! Piloté par le Muséum d’Histoire Nature et la Ligue de Protection des Oiseaux, ce programme a lieu tous les ans depuis 2012 et suit l’évolution de notre environnement grâce à des dizaines de milliers de bénévoles. C’est ce que l’on appelle de la science participative : les données sont produites directement par des citoyens.

Collecter de la data pour les scientifiques

La pratique a le vent en poupe depuis 5 ou 6 ans en France, depuis plusieurs décennies chez les anglo-saxons. L’engouement est, certes, lié à une meilleure connaissance des enjeux scientifiques, mais également à l’usage de plus en plus important du numérique dans ces programmes. Entre 2011 et 2017, le collectif national sciences participatives et biodiversité a recensé une participation en hausse de 154 % sur ses projets. Pour participer, il n’y a besoin ni de matériel, ni de compétences spécifiques. Dans la majorité des cas, une application guide pas à pas la collecte de données, aide à l’identification, localise et collecte directement les données auxquelles accèdent les chercheurs. Ces micro-tâches sont accessibles au plus grand nombre, et les données rendues valables grâce à la compilation d’un très grand nombre d’observations.

Pour les scientifiques, l’enjeu est d’utiliser l’immense force de frappe des populations pour faire avancer la recherche. Imaginez : pendant le confinement, 22 000 personnes ont participé à l’observation de plus d’un million et demi d’oiseaux, et remonté les informations via un formulaire en ligne. Combien de temps aurait-il fallu aux scientifiques pour obtenir la même quantité de données ? Pour se donner une idée, au cours de la deuxième semaine d’avril 2020, alors qu’une partie de la population mondiale est confinée, la plateforme de sciences citoyennes américaines Zooniverse - avec des programmes liés aux galaxies, planètes ou astéroïdes - a enregistré 5 millions d’observations par plus de 200 000 internautes : cela représente quarante-huit ans de recherche à plein temps !

Et des programmes participatifs, il y en a pour tous les goûts. De plus en plus de disciplines s’y convertissent. En France, les plus connus sont sans doute ceux autour de la biodiversité et l’observation des espèces : photographier les insectes pollinisateurs avec SPIPOLL, identifier les espèces végétales qui poussent dans le bitume avec Sauvage de ma rue ou encore identifier les traces des hérissons avec la LPO. Il y a aussi le programme Plastic Origins de l’ONG Surf Rider pour identifier les déchets plastiques dans les terres. Pour les passionnés d’astronomie, Galaxy Zoo utilise l’aide des internautes pour classer des millions de galaxies, Vigie-Ciel s’intéresse aux étoiles filantes et météorites, Planet Hunters à la recherche de planètes inconnues… La liste est sans fin.

Education scientifique et numérique : le doublé des sciences participatives

Ces projets s’inscrivent dans le grand mouvement de l’open science, souhaitant rendre les données scientifiques accessibles à tous. Les informations sont traitées par des collectifs de chercheurs, des institutions en partenariat ou simplement mises à la disposition des scientifiques comme des citoyens. Car ces derniers ne sont pas que des « collecteurs de données », un reproche souvent adressé aux chercheurs faisant de la science participative. D’après Romain Julliard, professeur au Muséum national d’Histoire naturelle, qui a créé Mosaic, une unité entièrement dédiée à l’accompagnement de projets participatifs, le numérique a inversé le rapport de force. Les chercheurs dépendent de la manière dont les contributeurs collectent les données pour faire leurs analyses : en choisissant de photographier tel insecte, telle plante, à telle localisation, les citoyens orientent les questions que se posent les chercheurs.

Ces programmes de sciences participatives renforcent l’esprit critique et la connaissance scientifique de tous les citoyens. La plateforme Vigie-Nature École a fait de la participation des scolaires sa priorité. Axés sur la biodiversité, les programmes permettent aux enseignants de participer avec leurs élèves, de tout âge, de leur faire découvrir la nature ainsi que les mécanismes scientifiques, de manière concrète. Les sciences participatives enseignent également la data literacy : la capacité à collecter, traiter, mais surtout interpréter et analyser des données pour comprendre des phénomènes. En produisant soi-même des données et en connaissant les enjeux des projets, on développe une véritable culture de la donnée.

Et quand on sait que 66 % des Français manifestent leur intérêt pour les sciences participatives, on se dit que l’open science a de beaux jours devant elle.

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