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L’open data va-t-il faire des citoyens des supers statisticiens ?

01.04.2021

Quatre questions à Simon Chignard, conseiller en stratégie au sein du département Etalab de la direction interministérielle du numérique

Depuis le début de la pandémie, l’application CovidTracker - une plateforme qui traduit en graphique la progression de la pandémie à partir de données publiques en open data - a attiré 1,3 million de visiteurs uniques. Mais l’open data ne concerne pas seulement la covid-19 ! On retrouve ce type de démarche dans le domaine des mesures d’ondes, ou même sur les questions de fréquentation du métro… l’open data est partout, et souvent là où on ne l’attend pas.

Alors comment fonctionne une politique open data ? Quels intérêts présentent ces politiques de transparence pour les pouvoirs publics et les citoyens ? Comment se positionne la France dans le domaine ? Nous avons posé ces questions à Simon Chignard, conseiller en stratégie au sein du département Etalab de la direction interministérielle du numérique.

La politique publique d’open data concerne quels sujets ?

Simon Chignard : Du côté des données, on a l’embarras du choix : la plateforme nationale data.gouv.fr référence plus de 36 000 jeux de données. Cela recouvre une grande diversité de thèmes : éducation, santé, environnement, transports ou les données des élections … depuis 1965. Certaines données intéressent le grand public, par exemple celles qui sont liées au suivi de la Covid-19. Elles peuvent aussi faire l’objet de visualisations, à l’image du tableau de bord de suivi de l’épidémie ou du baromètre des résultats de l’action publique publié en janvier 2021 offrant la possibilité de consulter en toute transparence les résultats concrets de 25 politiques publiques dans chaque département.
L’intérêt de l’open data est aussi que des tiers puissent librement utiliser ces données ouvertes pour développer de nouveaux services utiles à tous. Je pense notamment à l’entreprise Sherpa qui a conçu une canne blanche connectée qui permet à des non-voyants de mieux se déplacer dans la ville, de repérer les arrêts de bus le plus proche. Ce produit utilise des données open data sur les transports.
Parfois même, en tant qu’internaute on bénéficie des données open data sans le savoir : si vous commandez des articles sur un site e-commerce français, il y a de fortes chances qu’il utilise la base adresse nationale pour s’assurer que votre colis vous sera bien livré.

Qu’est-ce qui fait qu’une politique open data fonctionne ?

Simon Chignard : Pour qu’une politique open data fonctionne il faut qu’il y ait une rencontre entre une donnée et son public. Pour que cette rencontre entre une donnée et son public ait lieu, il y a beaucoup de travail, parfois invisible. Il faut tout d’abord des producteurs de données. L’Etat et ses grands opérateurs comme l’Institut géographique national et forestier (IGN) ou l’Institut national de la statistique (INSEE) collectent et produisent des données depuis très longtemps, parfois même avant l’invention de l’informatique (les premières cartes de France par exemple). Après leur production, il faut ensuite que les données soient publiées en ligne. C’est notamment le rôle du portail data.gouv.fr, géré par Etalab au sein de la direction interministérielle du numérique. Il ne suffit pas seulement de les mettre en ligne, il faut aussi s’assurer que les données soient de bonne qualité, et qu’elles soient bien documentées. On doit pouvoir répondre à quelques questions simples : qui a produit la donnée ? De quoi parle-t-elle ? De quand date la dernière mise à jour ?
Enfin, il faut un cadre juridique, qui fixe les règles du jeu et encourage l’open data. La France est l’un des pays les plus avancés dans ce domaine car, depuis 2016, l’open data est devenue la règle pour l’ensemble des administrations.

Comment faire pour que les citoyens s’emparent de ces données ?

Simon Chignard : Nous constatons tout d’abord qu’il y a un lien très fort avec ce qui fait l’actualité. Par exemple, lors des élections municipales ou législatives en France, les connexions sur le portail data.gouv.fr sont beaucoup plus nombreuses. Les visiteurs viennent chercher des données sur les candidats, les résultats électoraux dans leur ville ou leur circonscription, … C’est bien sûr le cas actuellement avec le grand intérêt pour les données liées à la crise sanitaire. Au départ, il y a donc un intérêt des citoyens pour une thématique particulière.
Ensuite, vient la question des compétences. On parle de “littératie des données”, c’est-à-dire la capacité de chacun d’entre nous à trouver des données, être en mesure de les comprendre, voire de faire nos propres analyses ou visualisations. L’ambition n’est pas de transformer tout le monde en de supers statisticiens ou data scientists, mais plutôt de s’assurer que le plus grand nombre dispose des compétences de base. De la même manière que l’éducation aux médias s’est développée dans les écoles et universités ces quinze dernières années, des acteurs éducatifs et associatifs commencent à proposer des formations à la culture de la donnée, partout en France.

Y-a-t-il une ambition pédagogique derrière ces dispositifs ? ou ont-ils vocation à être réservés à quelques professionnels ?

Simon Chignard : Certaines données demandent des compétences pointues pour être utilisées, je pense par exemple aux modèles de prévisions de Météo-France. Ce sont des données complexes et qui nécessitent des outils informatiques particuliers. Mais la plupart des données constituent de très bons supports pour des actions pédagogiques, y compris pour les plus jeunes. En 2018, le réseau Canopé a organisé une grande opération autour de la mémoire de la grande guerre de 1914 (“Traces de soldats”). Plusieurs classes d’élémentaire ont ainsi utilisé des données d’archives en open data pour retracer les parcours des “poilus”, par exemple sous la forme de visualisations ou de cartes. Chez Etalab, nous recevons d’ailleurs régulièrement des témoignages d’enseignants qui utilisent les données en open data pour travailler avec leurs élèves ou étudiants. L’open data est aussi une formidable matière première pour l’éducation.

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