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21.09.2018

Le numérique et les algorithmes intelligents offrent des solutions variées pour l’enseignement. Pour certains, les applications mobiles et plateformes en ligne dédiées pourraient même s’imposer comme des alliés indéfectibles des professeurs.

Et si les smartphones et tablettes étaient finalement des atouts à investir pour favoriser la réussite scolaire des jeunes générations ?

Tandis que leur usage récréatif est strictement encadré 1 dans les écoles et les collèges, certains enseignants les utilisent comme supports pédagogiques. Les plateformes et applications peuvent également s’avérer être de précieux alliés de l’Education Nationale après les heures de cours : nombre d’applications mobiles ludiques et d’algorithmes intelligents aident en effet les élèves à réviser une leçon et à appliquer les notions vues en cours sous forme de devoirs à la maison. De quoi éviter le « décrochage », améliorer leurs bulletins de notes… et les familiariser à l’outil numérique qui fera partie de leur vie d’adultes, au quotidien et à titre professionnel.

L’Education Nationale investit dans les outils d’enseignement numériques

Pour que le corps enseignant dispose des outils les plus adaptés, Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Education nationale, et Mounir Mahjoubi, le Secrétaire d’Etat au Numérique, ont participé au lancement en novembre 2017 d’Educapital, un fonds d’investissement dédié aux technologies pour l’éducation, aussi appelées « EdTech ». Doté de 45 millions d’euros à son lancement, ce fonds soutiendra chaque année une quinzaine de startups -françaises pour la plupart- de ce secteur qui rassemble 356 acteurs en France selon l’Observatoire de la EdTech.

A l’origine de cette initiative et aux commandes du fonds, l’entrepreneure Marie-Christine Levet entend ainsi permettre aux entreprises françaises d’accélérer sur le marché de la « EdTech », déjà massivement investi par les Etats-Unis et la Chine, et qui devrait selon elle peser 250 milliards de dollars en 2020.

Parmi les premiers investissements d’Educapital figure Appscho, une application mobile qui permet à un élève de consulter son emploi du temps, de télécharger les supports de cours et de recevoir toutes les actualités de son établissement. Les ateliers d’initiation au code informatique dispensés par Magic Makers pendant les vacances scolaires ont également reçu le soutien d’Educapital.

En effet, la « EdTech » contribue aussi à développer des solutions de soutien scolaire après les cours. L’application mobile Prof en Poche a ainsi déjà épaulé plus de 100 000 collégiens et lycéens pour leurs devoirs à la maison : l’élève en difficulté transmet la question qui lui pose problème via l’application mobile ou la messagerie instantanée Messenger et reçoit en quelques minutes une fiche sur le point de cours qui y répond, ou un rappel de la méthode à appliquer s’il envoie une photo de l’énoncé de son problème de mathématiques.

Albert, l’aide aux devoirs toujours disponible

Ce soutien scolaire peut aussi être assuré 24h/24 par Albert… qui est un algorithme intelligent. « Albert a résolu 1,5 million de problèmes de mathématiques lors de l’année scolaire 2017-2018 », expose Vincent Escudé, le PDG de Prof en Poche, la société paloise qui l’a programmé. « Et quand ses explications ne suffisent pas, c’est l’un de nos 50 professeurs partenaires qui prend le relais pour aider l’élève à surmonter sa difficulté.

Les trois quarts des demandes que l’on reçoit concernent les mathématiques et la physique, mais nous répondons aussi aux interrogations dans d’autres matières. » Après avoir convaincu des élèves en Suisse et des expatriés francophones en Espagne, en Afrique et à Singapour, elle expérimente avec 7 municipalités française la mise à disposition gratuite d’Albert pour tous les élèves résidants dans ces villes, via les médiathèques et d’autres structures municipales.

De son côté, l’application berlinoise Babbler met ses algorithmes intelligents au service de l’apprentissage de 13 langues, dont l’anglais, le russe et l’indonésien. L’outil tient compte de la nationalité de l’élève - car « un Français n’apprend pas l’italien de la même façon qu’un Anglais », précise son site internet – et l’entraîne avec des exercices écrits ou oraux adaptés à son rythme de progression. La promesse est de taille : pouvoir tenir une courte conversation après 5 heures de cours, à raison de 15 minutes d’entraînement quotidien. Les plus jeunes préfèreront peut-être les graphismes ludiques d’une application concurrente, Duolingo.

Il n’y a en effet pas d’âge pour apprendre avec des algorithmes assistants éducatifs. Dès la maternelle, l’application mobile « Le bonheur de lire dès 3 ans » se concentre ainsi sur la découverte des mots et du plaisir de la lecture grâce à un algorithme qui personnalise l’apprentissage selon le vécu du bambin.

« C’est une erreur de vouloir apprendre la lecture à tout le monde en commençant par : « b-a égal ba ». Un enfant se familiarise d’abord avec les sons qui l’environnent : son prénom, ceux de ses parents et grands-parents, le nom des animaux de la famille… et il apprendra en priorité les lettres et les sons qui leur ressemblent. C’est pourquoi l’algorithme se configure d’abord en fonction de ces éléments personnels, avant de s’adapter au rythme d’apprentissage de l’enfant : ce qu’il maîtrise, ce qu’il est en train d’acquérir et ce qu’il sait déjà », détaille Emmanuel Guyot, le président d’Edoki Academy, un éditeur franco-québecois qui a développé 25 applications pédagogiques.

Apprendre à apprendre

« Nos applications sont complémentaires à l’enseignement en classe avec un professeur, et ont été développées à partir des travaux de pédagogues comme Françoise Boulanger 2 et Maria Montessori 3 », précise Emmanuel Guyot.

Ainsi, « Maternelle Montessori pour jouer et apprendre » transpose les jeux Montessori dans l’univers digital pour initier les enfants de 2 ans et demi à 7 ans à la géométrie, la logique et les multiplications, à l’alphabet et l’écriture mais aussi à la musique, aux comptines et au dessin en expérimentant et en manipulant des objets.

TED et YouTube, les malles aux trésors

Pour les adolescents, la plateforme TED et le site YouTube pourront s’avérer utiles pour les aider à réviser. Ils exerceront leur anglais avec Steven Huitorel (Les Tutos de Huito), le japonais avec Julien Fontanier (Cours de Japonais!) et la théorie de la relativité d’Einstein avec Lê Nguyên Hoang (Science4all). Les passionnés d’Histoire pourront visionner les vidéos de William Van de Walle (Doc Seven), de Charlie Danger (Les Revues du Monde) et de Benjamin Brillaud (NotaBene), tandis que les férus de géographie s’abonneront à celles de Patrick Baud (Axolot).

Les chaînes de Max Bird et de Dr Nozman rassemblent des centaines de milliers de curieux de biologie et d’expériences scientifiques. Les littéraires ne seront pas en reste avec les critiques du Souffle des Mots, de Bulledop, de Margaud Liseuse et de Nine Gorman. Ceux qui veulent (enfin) comprendre la crise économique ou les paradis fiscaux plébisciteront DataGueule. Et pour les aspirants-philosophes qui désirent maîtriser la pensée de Michel Foucault en 8 minutes, rien ne vaut The School of Life (en anglais).

Et que les nostalgiques de l’apprentissage par la lecture de livres se rassurent : l’application Koober propose des synthèses d’ouvrages à lire ou à écouter en version audio, pour faire le tour d’un sujet contemporain (dans la rubrique « comprendre le XXIIe siècle »), développer sa productivité ou pour encore explorer les bibliothèques de Mark Zuckerberg (Facebook), d’Elon Musk (Tesla) et de Bill Gates (Microsoft). Chaque résumé dure entre 15 à 30 minutes.

Si l’accompagnement offert par le corps enseignant reste bien entendu primordial, ces applications et solutions technologiques devraient permettre à un nombre croissant d’élèves – et leurs parents ! - de trouver chaussure à leur pied en matière de soutien scolaire numérique !


1 La loi 2018-698 du 3 août 2018 relative à l’encadrement de l’utilisation du téléphone portable dans les établissements d’anseignement scolaire interdit l’usage des tablettes et smartphones dans les classes et les cours de récréation des écoles maternelles et élémentaires et des collèges, afin de faciliter la concentration des élèves et de lutter contre le cyberharcèlement. Leur usage est toutefois autorisé aux heures et aux salles mentionnées dans le règlement intérieur de chaque établissement.

2 Boulanger Françoise, Lire à 3 ans, c’est tout naturel, Nathan, 2008, 252 p.

3 Montessori Maria, L’Enfant, Desclée de Brouwer, 2018 (nouvelle édition, traduite par Charlotte Poussin), 320 p.


Pour approfondir le sujet, (re)voir l’épisode 5 de Turfu Express :

IA : Amie ou ennemie ?

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