Et si le président savait tout de vous ?
Mark Zuckerberg prépare-t-il vraiment sa candidature à l’élection présidentielle américaine ? Et si oui, qu’adviendra-t-il de vos données ?
Depuis quelque temps, les rumeurs bruissent autour des possibles ambitions présidentielles du patron de Facebook. C’est à lui que vous avez confié vos photos de soirées, c’est sur sa plateforme que vous avez critiqué votre patron, partagé vos évènements marquants ou encore raconté votre dernière rupture à votre meilleur ami par message privé.
Il y a des signes qui ne trompent pas. Surtout quand ils viennent de Mark Zuckerberg. Chaque année, le patron de Facebook a pris l’habitude de se lancer des défis. Et depuis, force est de constater que le jeune chef d’entreprise de 32 ans sait tenir parole. Apprendre le mandarin, courir des milliers de kilomètres, lire 25 livres font partie des challenges qu’il a déjà accueillis comme autant de bonnes résolutions. En 2017, il n’a donc pas dérogé à la tradition et annonce qu’il foulera tous les États de son pays pour « rencontrer des gens ».
« Je veux devenir un empereur »
Ceux qui marchent dans les pas de l’Américain le savent très bien : rien ni personne ne l’empêchera d’honorer son pari. Ceux qui le suivent depuis longtemps ne le cachent plus : Mark Zuckerberg veut devenir président des États-Unis. Si la nouvelle sonne comme une rumeur lancée depuis la Russie, les photos officielles de son premier voyage officieux au Texas confirment la tendance : l’ancien étudiant d’Harvard caresse des veaux, arrache des mauvaises herbes, s’affiche en plein rodéo, partage un café avec des rangers… Une posture dont les prises de vue ainsi que les messages qui les accompagnent rappellent les stratégies de communication à la mode. Et pour cause, depuis peu, le leader du plus influent réseau social du monde s’entoure d’une véritable équipe de campagne composée de photographes et de rédacteurs professionnels. Une petite quinzaine au total. Comme si cela ne suffisait pas, l’homme qui ne donne jamais son avis sur la politique a posté un long message sur son compte, qui dénonce le décret anti-immigration signé récemment par Donald Trump.
D’un autre côté, il faudrait presque le faire exprès pour ne pas voir les traces d’une ambition politique chez le jeune milliardaire. En avril 2016, Facebook transmettait un document aux autorités financières américaines officialisant que son patron puisse jouer un rôle au gouvernement sans perdre le contrôle de son entreprise. En janvier dernier, il recrutait le stratège de la campagne de Barack Obama en 2008, David Plouffe, au poste de lobbyiste en chef de son organisation caritative. Pour Nick Bilton, c’est clair comme de l’eau de roche : « Il veut quelque chose de plus gros ». Dans son article intitulé, « Mark Zuckerberg sera-t-il notre nouveau président ? », le journaliste de Vanity Fair indique même les prémices d’une future conquête : le jeune homme est accro au jeu de stratégie Civilization et confie souvent « vouloir devenir un empereur ».
Politech
En se rapprochant du monde politique, le jeune patron le finance aussi davantage. Sur les cinq dernières années, il aurait même dépensé des centaines de milliers de dollars. Comment ? En activant le comité d’action politique de Facebook. Rendu public en 2011, l’organisation a pour objectif officiel de « promouvoir l’innovation » mais depuis lors, le « FB PAC » n’a cessé de recruter du personnel politique, qu’il s’agisse de spin-doctors ou d’anciens employés de la Maison Blanche. Résultat : l’organisation aurait financé la campagne électorale de 2012 à hauteur de 350 000 dollars selon le Center for Responsible Politics. Si l’on sait que l’argent est directement alloué au comité de campagne de certains députés, difficile de savoir si Facebook en verse davantage aux Républicains qu’aux Démocrates. Ce qui est sûr, c’est que le FB PAC subventionne un certain type de mesures en haut desquelles on retrouve les réformes sur l’immigration. Exemple : une politique souple de visa à destination des travailleurs très qualifiés qui voudraient s’installer aux États-Unis. Mark Zuckerberg est d’ailleurs l’un des leaders du monde numérique derrière FWD.us présentée sur son site comme « une communauté tech apportant son soutien aux politiques qui maintiennent le rêve américain possible ».
Et nos données personnelles dans tout ça ?
Ce rêve reste nourri par une vision, celle de la Silicon Valley. Et d’aucuns précisent qu’elle répond à des intérêts bien identifiés : libéralisation des échanges, des savoirs, des travailleurs… Sans surprise, les ambitions politiques de Mark Zuckerberg serviraient surtout celles de son entreprise : Facebook. Et une fois au pouvoir, les données de ses quelques 1,59 milliard d’utilisateurs, pourraient trouver une nouvelle utilisation que simplement commerciale.
Si aujourd’hui, plus d’un million de personnes passent par le service d’anonymisation Tor pour accéder à Facebook, demain ils auront peut-être recours au service pour fuir Facebook et son puissant patron.
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