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Games for Change : jeux vidéo et responsabilité sociétale

15.04.2021

Les jeux vidéo peuvent-ils contribuer au progrès social ? C’est la conviction de Games for Changes. Portrait d’une ONG américaine désormais incontournable qui emploie les jeux à bâtir une société plus juste et une industrie plus responsable.

Considérant aujourd’hui la place du jeu vidéo dans nos sociétés, son impact sociétal ne fait désormais plus aucun doute.

En moins d’un demi-siècle, le dixième art est en effet devenu la première industrie culturelle en France et dans le monde. Un divertissement de masse estimé à 126 milliards en 2020 dont l’influence culturelle et la puissance économique ne cessent de croître. Cette « industrie du futur » est-elle en capacité et en volonté de servir le progrès social ? La question se pose et n’est pas nouvelle. Comme en témoignait récemment la prise de conscience écologique dans le cinéma, les grandes industries culturelles doivent régulièrement réévaluer leurs responsabilités à l’aune des défis sociétaux.

Fondée à New York en 2004, l’ONG américaine Games for Change travaille en ce sens à promouvoir les jeux vidéo et plus largement les médias immersifs (XR) qui font bouger les lignes. Chaque année, son festival international rassemble autour de la table acteurs émergents, titans de l’industrie et institutions publiques pour évoquer la responsabilité sociétale du medium. L’occasion de récompenser les œuvres qui s’emparent des débats et visent à impulser un changement social en faveur du bien commun.

Impacter la société

Né au début des années 2000, le mouvement des jeux à impact englobe l’ensemble des expériences interactives conçues pour sensibiliser leurs publics aux sujets de société tels que l’écologie, la justice sociale, l’éducation, ou la santé. La ludothèque de Game for Changes en dénombre actuellement plus de deux cents, allant du jeu vidéo Triple-A (l’équivalent d’un blockbuster) à la petite application éducative. Parmi elles, Enterre-moi mon Amour (Pixel Hunt, Figs, Arte France), une fiction interactive française sortie en 2017 qui raconte le périple vers l’Europe d’une jeune migrante syrienne.

Comme en témoignent les exemples suivants, les jeux à impact visent à agir sur la société à différents niveaux. En 2006, le premier du genre, le jeu de stratégie Darfur is dying est réputé avoir joué un rôle décisif dans la représentation aux États-Unis de la guerre civile au Darfour. Plus récemment, en 2015, l’expérience en réalité virtuelle Clouds Over Sidra a aidé les Nations Unies à collecter pas moins de 3,8 milliards de dollars en faveur des réfugiés syriens. En 2020, le studio français Red Corner a produit 4 FEET HIGH, une expérience en réalité virtuelle qui met en lumière un thème encore largement tabou : la sexualité des personnes handicapées. Et la liste continue…

Longtemps cantonnés à un public de niche, de plus en plus de jeux à impact rencontrent un succès commercial et critique. La reconnaissance du mouvement semble encourager les grands studios à s’engager davantage. Ils sont en effet de plus en plus nombreux à employer la force de frappe économique et médiatique de leurs licences phares comme des leviers d’action. C’est le cas d’Infinity Ward, d’Ubisoft et de Bungie qui se sont mobilisés en 2020 pour lutter contre les feux de brousse en Australie.

Responsabiliser l’industrie

Si le mouvement des jeux à impact démontre que les jeux vidéo peuvent contribuer à bâtir un monde meilleur, l’industrie doit encore faire des progrès en matière de responsabilité sociétale.

Depuis une décennie, une transformation culturelle et sociale de grande ampleur suit son cours au sein des studios, des écoles et des médias spécialisés. Culture du surtravail, racisme, sexisme : les problèmes sont nombreux et désormais connus. Récemment, le journal Libération a publié une nouvelle enquête révélant les conditions d’étude difficiles au sein de certaines écoles spécialisées, chargées de former les futurs professionnels du secteur vidéoludique. Les mouvements sociaux « progressistes » tels que #MeToo et les récents scandales ont cependant accéléré la montée en puissance des questions RSE et des revendications sociales au sein de l’industrie. Les professionnels sont de plus en plus nombreux à appeller à plus d’égalité, d’inclusion et de diversité dans leurs rangs.

Partout dans le monde, aux côtés d’autres associations comme Women in Games, qui œuvre depuis 2017 pour la mixité dans l’industrie française, Games for Changes participe activement à cette transformation. L’association agit là où elle est susceptible de générer le plus d’impact : l’éducation. Multipliant auprès des étudiant.e.s les actions inclusives, l’association a ainsi lancé en mars « Amplifying Voices », une #ImpactJam interculturelle sur le thème de l’expression des minorités culturelles. Créé en 2015, le sommet Games for Learning rapproche quant à lui les champs du jeu vidéo et de l’éducation afin de développer notamment l’esprit critique des nouvelles générations vis-à-vis des médias interactifs. Un champ éducatif qui devient un pilier de la construction des démocraties numériques.

Changer les mentalités

À travers ces programmes, Games for Change mise à long terme sur l’éducation et la jeunesse pour changer durablement les règles du jeu au sein de l’industrie.
Responsabiliser les futurs professionnel.le.s et sensibiliser le grand public aux enjeux sociétaux du medium devrait à terme favoriser le développement de jeux plus responsables. La promotion de valeurs plus inclusives pourrait également favoriser la diversification des jeux eux-mêmes et des représentations que ces derniers véhiculent à grande échelle au sein de la société. Dans un entretien avec le site Gadget page, Susanna Pollack, la présidente de Games for Change, appelle les communautés sous-représentées à employer le dixième art comme un espace d’expression culturelle.

En l’espace de deux décennies, le mouvement des jeux à impact a démontré que les médias interactifs et immersifs sont plus que de simples divertissements. Que ce soient comme des produits culturels de masse, des outils d’éducation populaire, d’expression démocratique, d’émancipation, ou de sensibilisation, les jeux vidéo contribuent désormais à façonner l’avenir de nos sociétés. Reste à savoir quels jeux dessinent la société que nous voulons voir advenir.

La 18e édition du festival Games for Change se tiendra en ligne du 12 au 14 juillet prochain.

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