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Comment les biens communs numériques font du bien à nos démocraties

28.04.2022

Fer de lance des civic tech, les communs contribuent depuis une décennie à construire un numérique d’intérêt général. Lumière sur ces ressources politiques souvent mises au service d’une démocratie plus ouverte et fondée sur une économie du partage.

Dans une société de plus en plus inégalitaire, que nous reste-t-il en commun ? Probablement plus que nous l’imaginons.

Ce postulat de solidarité constitue le socle des Communs, un modèle de partage des ressources en pleine renaissance qui, depuis une décennie, fédère un intérêt croissant au sein de la société civile et des pouvoirs publics. En quoi ce modèle consiste-t-il ? La préservation, la mutualisation et l’autogouvernance par une communauté des biens communs (matériels, naturels, symboliques) essentiels à sa vie collective.

Remettant en question le droit à la propriété privée, les commoners plaident en effet contre la privatisation, la nationalisation et la centralisation des ressources. Longtemps cantonné à des formes politiques marginales, ce modèle a trouvé dans le champ du numérique la source d’un nouvel essor. Logiciels libres (Linux), encyclopédies en ligne (Wikipédia), données ouvertes d’intérêt général (OpenStreetMap), plateformes collaboratives (decidim)… Aujourd’hui, partout à travers le monde, les communs numériques permettent à des millions de citoyen-ne-s de reprendre en main leur vie collective et de lui redonner un sens.

Chaque jour, parfois sans le savoir, nous les utilisons gratuitement pour collaborer, communiquer, apprendre, organiser sa vie — et se réapproprier, comme on va le voir, le pouvoir d’agir politiquement.

Accéder à la connaissance et la partager

Fondées sur une économie ouverte de la connaissance, les encyclopédies en ligne forment un premier ensemble de communs numériques qui contribue à démocratiser l’accès au savoir. Selon le philosophe Michel Serres, c’est tout simplement une révolution anthropologique.

Avec ses millions de connaissances traduites dans plus de 300 langues, Wikipédia représente la plus importante encyclopédie en ligne de toute l’histoire humaine — mais c’est loin d’être la seule. L’encyclopédie en ligne française Movilab, par exemple, documente plus de 2 500 bonnes pratiques concernant les tiers-lieux, acteurs essentiels de la démocratie contributive. Chaque jour, des communautés citoyennes y partagent les ressources qui leur permettent de concrétiser leurs projets collectifs.

Se former et s’insérer par le numérique

Certains communs numériques favorisent la formation et donc la réinsertion des personnes éloignées du numérique, un véritable enjeu de justice sociale à l’heure où 13 millions de Français sont victimes d’illectronisme.

La région Auvergne-Rhône-Alpes a lancé en 2019 l’Hinaura, un hub régional d’intérêt général visant à diminuer la fracture digitale de son territoire. Parmi ses différents programmes, Et si j’accompagnais sensibilise et forme les professionnels de l’action sociale à l’accompagnement des personnes éloignées du numérique. Les ressources sont collaboratives et en accès libre. Chaque membre de la communauté peut ainsi contribuer à leur amélioration par l’apport de son expérience.

Contribuer au projet politique de son territoire

Troisième ensemble de communs numériques, les plateformes collaboratives favorisent le développement de la démocratie ouverte.

Budgets participatifs, conventions citoyennes, enquêtes publiques, pétitions… L’entreprise Open Source Politics s’est spécialisée dans la création de ces nouveaux outils démocratiques. De plus en plus d’acteurs publics s’appuient dessus pour assurer leur mission de service public et pour impliquer les citoyen-ne-s dans les projets politiques territoriaux.

C’est le cas de la Nouvelle-Aquitaine, avec Proto Impact et Logiciels libres innovants, deux appels à projets destinés à financer les « solutions numériques responsables et ouvertes ». En Loire-Atlantique, le département propose à ses habitants de soumettre leurs idées sur une plateforme dédiée. Autre exemple, la ville de Grenoble a lancé en 2018 le Grenoble Civiclab, un programme destiné à accompagner et financer les projets numériques de la communauté grenobloise.

Retrouver collectivement un élan démocratique

Comme en témoignent ces divers exemples, très loin d’être exhaustifs, notre démocratie puise dans le numérique les ressources de sa réinvention.
Le modèle des communs est-il pour autant institutionnalisable ? Les digital commoners cherchent encore leur économie, leur législation et se heurtent à de nombreux blocages culturels. Mais depuis 2018, l’État français multiplie les signaux et les initiatives en leur faveur.

En début d’année, la France a en effet initié la création d’une initiative européenne pour les communs numériques. Au niveau national, le plan d’action Société Numérique encourage la mutualisation des ressources numériques au sein des territoires. Quant à Code.gouv, OGPtoolbox, Aidants connect ou encore Pix, ces services publics numériques vont dans le sens d’une démocratie plus ouverte.

Common washing ? Le sujet divise chez les commoners. Voyant dans la numérisation des services publics « une extension de l’aire du capitalisme », certains observateurs comme Gilles Jeannot et Victor Poirier mettent par exemple en garde contre cette dernière tendance.

Quoi qu’il en soit, la protection des communs numériques semble devenir un enjeu stratégique pour nos démocraties et leur souveraineté. De plus en plus d’Etats envisagent en effet leur modèle comme une solution au monopole des GAFAM et des NATUS, maîtres et possesseurs actuels du monde numérique. Par ailleurs, ces ressources incarnent la promesse d’un Internet libre et neutre, principe fondateur du Web remis en cause par ces géants.

Enfin, comme en témoignent les retours d’expérience à ce sujet, de plus en plus de citoyen-ne-s semblent trouver dans les communs numériques un nouveau moyen d’engagement politique. En cela, face au sentiment d’impuissance politique, leur modèle pourvoie un champ social d’expérimentation et d’expression qui renouvelle l’imaginaire politique et revitalise l’aspiration démocratique de nos sociétés.

Preuve que, si vacillantes et vulnérables qu’elles puissent apparaître, nos démocraties n’en demeurent pas moins pleines de ressources.


Aller plus loin

Pour approfondir le sujet des communs numériques et agir en faveur d’un numérique d’intérêt général, vous pouvez vous tourner vers la plateforme Numérique en Commun[s]. Via un grand événement annuel, des dispositifs locaux, des ressources partagés et des ateliers de co-construction, NEC favorise la constitution d’une culture commune et d’outils destinés aux professionnels, leur permettant de les accompagner concrètement dans leurs missions de terrain.

Et pour bénéficier encore plus largement de savoirs et compétences partagés et enrichis collectivement, le Réseau Français des Fablabs rassemble plusieurs dispositifs animant des espaces ouverts de fabrication (FabLab). Le Réseau dispose ainsi de plusieurs espaces d’échanges favorisant l’apprentissage, la fabrication et le partage de connaissances, avec pour objectif de “contribuer à changer le monde”.

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