Le nouveau visage du cyberharcèlement à l'ère de l'IA
Vous pensiez avoir compris les dynamiques du cyberharcèlement ? Les insultes dans les groupes WhatsApp, les rumeurs sur les réseaux, les screenshots qui circulent sans permission ?
Depuis quelques mois, une nouvelle dimension s’est ajoutée à ce triste tableau : l’intelligence artificielle générative. L’IA permet désormais de fabriquer de toutes pièces des images, des messages, des audios et même des vidéos. Les adolescents, souvent bien plus à l’aise que leurs parents avec ces outils, ont malheureusement très vite compris le potentiel, y compris pour nuire…
Quand le faux devient indiscernable du vrai
Le cyberharcèlement envahit la chambre, les week-ends et provoque des conséquences dramatiques : anxiété, isolement, troubles du sommeil, décrochage scolaire…
Jusqu’ici, le cyberharcèlement s’appuyait souvent sur des contenus existants : un message sorti de son contexte, une vidéo partagée hors du cercle prévu, une photo utilisée pour blesser… La victime n’était en rien responsable, mais ces contenus, eux, avaient une réalité.
Aujourd’hui, même cette réalité n’est plus nécessaire. Des outils IA, disponibles gratuitement et sans aucune compétence technique, permettent de fabriquer des images ou des vidéos convaincantes. C’est ce qu’on appelle les deepfakes : des contenus entièrement falsifiés, souvent impossibles à détecter au premier abord.
Pourquoi c’est difficile à vivre ?
Le harcèlement par IA y ajoute quelque chose de particulièrement déstabilisant, car même si la victime n’a rien fait, il existe pourtant une image, ou des messages falsifiés qui circulent et que votre enfant doit démentir… De dire que cela n’a jamais eu lieu et d’expliquer à ses camarades, à ses proches et parfois même à des inconnus, que cette image ou cette vidéo est fausse.
C’est donc une expérience de perte de contrôle totale : non seulement sur ce que les autres pensent, mais sur la réalité elle-même. Et la vitesse de propagation ne laisse aucun répit, puisqu’un contenu peut atteindre des centaines, voire des milliers de personnes en quelques minutes, bien avant que quiconque ait pu réagir.
Quels types de contenus sont créés ?
En tant que parent, c’est toujours plus rassurant de penser que ces pratiques restent isolées, ou réservées à des profils particulièrement malveillants. Mais les outils sont accessibles à tous, et la frontière entre « rigoler entre amis » et « nuire à quelqu’un » est souvent franchie sans en mesurer les conséquences.
Dans les établissements scolaires, les situations vont d’un montage partagé dans un groupe de classe à des contenus humiliants ou à caractère sexuel.
Des cas d’usurpation d’identité peuvent même être réalisés avec des faux profils générés, ou de faux messages imitant le style d’une personne pour entacher sa réputation auprès de ses proches.
Comment réagir si ça arrive ?
Face à ces évolutions, la tentation peut être de surveiller davantage, de tout restreindre, mais ce qui compte, c’est d’abord d’instaurer un dialogue. Pas pour inquiéter votre enfant, mais pour rester dans la continuité des conversations que vous avez sur ses pratiques et son activité en ligne.
Si votre enfant vous informe qu’un contenu de ce type circule à son sujet, il aura besoin d’être rassuré et accompagné Puis documentez la situation : captures d’écran, dates, plateformes, messages reçus… dès que possible, avant que les auteurs ne fassent disparaître les preuves.
Signalez ensuite sur la plateforme concernée, qui dispose en général de procédures spécifiques pour les contenus manipulés. Et contactez le 3018, le numéro national contre les violences numériques, disponible gratuitement et en toute confidentialité.
Pensez également à informer l’école de votre enfant. En effet, un fait qui se déroule en ligne a bien souvent des répercussions dans la vie scolaire.
Ce que vous ne devez surtout pas faire !
Certains réflexes, bien que compréhensibles, peuvent aggraver la situation.
- Contacter directement les parents de l’auteur présumé sous le coup de l’émotion pourrait aggraver la situation.
- Retirer brutalement le téléphone de votre enfant risque aussi de lui donner le sentiment d’être puni pour avoir parlé.
- Et minimiser en disant « c’est faux de toute façon, arrête de t’inquiéter », ne suffit pas à effacer la blessure.
Si vous observez un mal-être chez votre enfant, n’hésitez pas à consulter un professionnel de santé qui pourra le guider et le rassurer, mais aussi vous orienter sur les démarches à suivre.
Comment protéger son enfant et réduire les risques en amont ?
Il n’existe pas de protection absolue contre le cyberharcèlement. Mais plusieurs réflexes, adoptés tôt et en famille, réduisent significativement l’exposition.
- Repenser ce qu’on publie, et pourquoi. Avant de mettre en ligne une photo de votre enfant, posez-vous la question : « Que pourrait-on en faire demain ? » Limitez la visibilité de vos publications à un cercle proche, et évitez de mentionner le nom de votre enfant, son école ou ses activités extrascolaires. Attention aussi au contexte de la photo ! Des images prises à la plage ou à la piscine en maillot de bain sont particulièrement détournables.
- Expliquer à votre enfant qu’une photo publiée sur internet peut lui échapper dès la première seconde. Même si c’est un message difficile à faire passer à son enfant, lui rappeler régulièrement le principe, sans dramatiser, peut les aider à être plus attentifs à ce qu’ils publient en ligne.
- Ne pas laisser circuler un contenu suspect sans réagir : si vous tombez sur un contenu problématique, n’attendez pas et signalez-le. Expliquez aussi à votre enfant que relayer ce type de contenu, même sans mauvaise intention, contribue au harcèlement.
Le cyberharcèlement est une épreuve difficile, autant pour l’enfant que pour ses parents. Il n’existe pas de solution miracle, ni de réaction parfaite. En revanche, une chose est essentielle : ne restez pas seul et ne laissez pas la situation s’installer.
A lire sur le sujet :
Pourquoi le «Sharenting» comporte des risques, et comment s’en prémunir ?
Comme plus de la moitié des parents, il vous arrive peut-être de partager des photos de vos enfants en ligne. Découvrez comment vous prémunir des risques liés à la diffusion de ces contenus.
Vous publiez des photos de vos enfants sur les réseaux sociaux ? Lors d’un anniversaire, en vacances, ou le jour de la rentrée scolaire, les occasions d’immortaliser et de partager ces moments précieux ne manquent pas.
En apparence, cela peut paraître anecdotique. Pourtant, cette pratique banale pour beaucoup de parents peut comprendre des risques pour les enfants et leur famille.
Depuis la généralisation des réseaux sociaux, la surexposition des enfants sur le web porte un nom : le «sharenting».
Qu’est-ce que le «sharenting» ?
Le mot «sharenting», qui nous vient de l’anglais, est issu de la contraction des mots «share» (partage) et «parenting« (parentalité). Ce terme désigne le fait de partager des photos et vidéos de ses jeunes enfants sur les réseaux sociaux, sans leur consentement.
Nommé pour la première fois dans un article du Wall Street Journal ce phénomène alerte les instances de protection de l’enfance et les spécialistes de la vie privée. D’autant plus que certaines familles en ont fait un véritable loisir voire un métier d’influenceur, multipliant les posts, stories et vlogs pour documenter leur propre histoire.
Le sharenting en chiffres
Dans une étude réalisée par l’Observatoire de la Parentalité et de l’Éducation numérique dévoilée en février 2023, nous constatons que les parents sont nombreux à avoir des pratiques potentiellement à risque pour l’exposition de leurs enfants en ligne :
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Plus de la moitié (53 %) des parents français ont déjà partagé du contenu sur leurs enfants sur les réseaux sociaux, et 43 % d’entre eux ont commencé à publier dès la naissance de leur enfant.
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39 % des parents publient moins d’une fois par mois, et 1 % plus d’une fois par jour
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3 % des parents se disent influenceurs. Seulement 44% d’entre eux déclarent obtenir le consentement de l’enfant avant de publier du contenu sur lui, et 42 % ne pas empiéter sur ses temps de repos, de devoirs ou de loisirs.
En outre, un sondage réalisé auprès de 1000 parents par Security.org en 2021 démontre que les parents sont encore loin d’avoir les meilleurs réflexes :
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80 % des parents utilisent le vrai nom de leurs enfants dans leurs publications en ligne.
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Moins d’un quart des parents demandent toujours l’autorisation de leurs enfants avant de publier du contenu les concernant sur les médias sociaux, et environ un tiers d’entre eux ne demandent jamais leur autorisation.
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Près d’un quart des parents ont des paramètres publics sur leurs profils, ce qui signifie que n’importe qui peut voir ce qu’ils publient, même s’ils ne sont pas amis.
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Près de huit parents sur dix ont des amis virtuels ou des followers qu’ils n’ont jamais rencontrés dans la vie réelle.
Le partage sur Internet n’est pas anodin
Un contenu peut être détourné à des fins malveillantes. Dès le moment où un fichier est publié sur Internet, nous en perdons le contrôle. Le cauchemar de n’importe quel parent serait de savoir qu’une photo qu’ils ont publiée est utilisée pour usurper l’identité de leur enfant. Dans certains cas plus graves encore, des parents ont découvert que des fichiers leur échappaient vers les réseaux les plus sombres du web (pédopornographie, forums pédophiles, etc.).
Selon le Conseil français des associations pour les droits de l’enfant (COFRADE) : « La prédation en ligne est favorisée par certaines pratiques des jeunes et des parents eux-mêmes qui ignorent ou sous-estiment les risques de leur exposition sur Internet.»
Les médias peuvent contenir des informations que vous ne souhaitez pas partager. Il peut s’agir par exemple de coordonnées GPS inscrites dans les métadonnées d’une photo. Ces données révèlent, entre autres, l’heure et le lieu où la photo a été prise.
24 heures dans la vie d'une famille connectée
Les Français passent un tiers de leur journée connectés à Internet. En fonction des âges, les usages et les équipements utilisés varient. Suivez le quotidien de trois membres fictifs d’une famille représentative de nos habitudes en ligne.
6h30, presque un tiers d’une journée. C’est le temps que les Français passent en moyenne chaque jour sur Internet. En plus d’établir ce chiffre, le premier Baromètre digital BNP Paribas-CSA Research, publié en novembre dernier, a cherché à comprendre comment nous surfons, sur quels sites et pour quels usages. Pour illustrer les conclusions de ce baromètre, nous avons imaginé une famille représentative des pratiques connectées en France, constituée de trois membres : Léa, l’adolescente hyperconnectée, son père Christophe, qui utilise Internet pour le travail autant que pour sa vie personnelle, et sa grand-mère Nicole. Voici le récit-fiction de leur journée.
Smartphone en main dès le réveil
7h00. Le réveil sonne. Léa, 17 ans, ouvre un œil et attrape son smartphone. Pas question de se lever avant de s’être connectée sur Facebook. 84% de ses amis sont inscrits sur ce réseau social, qui est l’application la plus utilisée par les mobinautes de tous âges. Comme 8 jeunes âgés de plus de 15 ans sur 10, autant dire tout le monde au lycée, elle ne peut pas envisager d’aller en cours sans avoir son smartphone dans la poche, et pour cause : c’est lui qu’elle utilisera principalement pour se connecter à Internet dans la journée. Pendant au moins 4 heures.
Avant de repousser la couette, Léa publie un selfie intitulé « pas envie d’aller en cours » sur Snapchat, le réseau social sur lequel la majorité de ses camarades sont inscrits, mais pas ses parents. Comme elle, 35% de ses camarades ont pris l’habitude de poster des photos d’eux sur les réseaux sociaux. Mais elle ne diffuse pas de clichés montrant ses proches. Seul un quart des jeunes le font.
Son père, Christophe, 47 ans, partage parfois quelques photos sur Facebook, mais c’est très occasionnel. Et comme près de la moitié des mobinautes, il restreint à ses seuls amis l’accès à ses images personnelles. Lui aussi débute sa journée sur son smartphone, mais il l’utilisera moitié moins de temps que sa fille au cours des prochaines 24 heures. Léa est de nouveau connectée, sur Instagram, pour poster une photo de la tenue vestimentaire qu’elle a choisi de porter ce jour-là.
En buvant son café, Christophe consulte une application de transport pour identifier le meilleur trajet pour se rendre à son premier rendez-vous client. Tout en évitant de préciser sa géolocalisation. Avant de se mettre en route, il consulte ses e-mails, usage fréquent pour la moitié des mobinautes, et il efface sans l’ouvrir ce courriel avec pièce jointe venant d’un expéditeur inconnu, pour éviter tout risque de piratage de ses données personnelles. Un coup d’oeil aux sites d’information, et il est temps de partir. Il attrape ses clés de voiture et son ordinateur portable professionnel, qui lui permettra de naviguer en ligne pendant 3 heures dans la journée. Après le déjeuner, de retour au bureau, il se connectera pendant 2h30, sur son ordinateur fixe cette fois, pour réaliser des opérations financières professionnelles. Entre deux dossiers, il consultera sa messagerie personnelle. Puis, comme trois utilisateurs professionnels sur dix, il utilisera Internet pour promouvoir son activité sur la page Facebook de l’entreprise, pour gérer ses déplacements professionnels, pour se tenir informé des meilleures pratiques dans son secteur, et pour stocker des fichiers. Il s’interdit de transférer des documents professionnels sur ses appareils personnels, par sécurité.
La journée au bureau touche à sa fin, et comme 20% des professionnels, Christophe s’accorde un moment au bureau pour traiter quelques affaires personnelles : gérer sa carrière sur LinkedIn, consulter son profil personnel sur Facebook, traiter une demande administrative ou encore faire un achat en ligne. Comme 97% des internautes qui possèdent un smartphone, Christophe est adepte du e-commerce. Il préfère ne pas enregistrer ses données bancaires sur les sites où il effectue ses achats, sauf sur ceux qu’il utilise souvent. Comme ce site de livraison de pizzas, où il passe commande pour le dîner du soir avec sa fille et sa mère, Nicole…
[* “97”, “des internautes qui possèdent un smartphone”, “achètent en ligne”, “” *]
De retour à la maison, il consulte son compte bancaire en ligne. Il fait pleinement confiance à sa banque pour garantir la sécurité de ses données – bancaires comme personnelles- plus encore qu’à son opérateur mobile. Mais il ne le fait pas n’importe où. Puis il se tourne vers sa tablette, qu’il utilise en moyenne 1h30 par jour pour lire les résultats sportifs ou se détendre en jouant à Candy Crush. Le « social gaming » séduit à tout âge ! Pendant ce temps, Léa est rivée à l’ordinateur familial. Comme 8 jeunes de moins de 25 ans sur dix, elle se rue sur Internet pour regarder la télévision et télécharger des films, des livres ou de la musique, ou pour regarder des films en streaming. Mais ce soir-là, elle suit un MOOC pour développer ses connaissances en dehors de l’école sur les sujets de son choix. Un quart de ses camarades sont inscrits à ces cours en ligne gratuits.
Internet n’est pas invité à table, si ce n’est dans la conversation.
La grand-mère, Nicole, estime que les risques sur Internet se sont accrus au cours des dix dernières années, et Léa acquiesce. Christophe, lui, fait partie des 10% de Français qui pensent que la Toile est devenue plus sûre. On parle « anti-virus » (qui oserait surfer sans en avoir un?), « paramètres de confidentialité », « historique de navigation », « géolocalisation » et « cookies ». Personne ne se demande s’il est question du dessert. Ces mots sont connus par 8 à 9 Français sur 10. D’autres restent mystérieux.
Léa explique donc à Nicole le concept du « phishing », le protocole de paiement sécurisé « https », et les avantages du « cloud ». Seuls 35% des Français utilisent cette solution de stockage, plébiscitée par près de la moitié des jeunes. Nicole se demande où sont stockées les photos que l’on poste sur les réseaux sociaux, et personne ne sait exactement. Par une anecdote, chacun raconte avoir pris des risques pour sa sécurité en ligne : Léa reconnaît s’être connectée à des sites inconnus avec ses identifiants Facebook, Nicole avoue utiliser le même mot de passe pour tous les comptes qu’elle crée et Christophe admet qu’il ne lit jamais les conditions d’utilisation avant de les accepter. On se promet d’être plus vigilants en découvrant les chiffres du piratage en ligne : un Français sur six et une entreprise française sur dix en ont été victimes au cours de l’année écoulée. Les trois convives s’accordent sur la nécessité de désactiver un compte victime de piratage. Mais de là à avertir la police… Et personne ne songe à solliciter la Cnil, qui est pourtant l’organisme chargé de protéger les citoyens sur Internet.
Le dîner terminé et Nicole partie, Léa se saisit de la tablette familiale pour acheter en ligne ce flacon de parfum qu’elle a découvert dans le tutoriel vidéo tout juste publié sur Youtube par sa blogueuse préférée, qui a le même âge qu’elle. La soirée touche à sa fin. Christophe récupère la tablette pour visiter quelques sites d’information avant d’éteindre les lumières. Léa est déjà couchée, mais pas déconnectée. Elle a tant de choses à raconter à ses amies par messagerie instantanée avant de s’endormir … avec son smartphone sur l’oreiller.
Sources complémentaires : Médiamétrie, Air of Melty
Comment réagir si votre enfant est victime de cyberharcèlement ?
18 % des enfants et adolescents de 6 à 18 ans ont déjà été confrontés au moins une fois au cyberharcèlement. Insultes répétées, moqueries dans une discussion de groupe, rumeurs sur les réseaux sociaux, messages anonymes… Le cyberharcèlement peut toucher n’importe quel enfant, parfois sans que les parents ne s’en rendent compte.
Parce qu’il se déroule à distance, souvent hors du regard des adultes, le cyberharcèlement est particulièrement difficile à identifier et à vivre pour un enfant.
Cette fiche pratique a pour objectif de vous aider à mieux comprendre ce phénomène, mais aussi de vous donner des clés concrètes pour réagir si votre enfant en est victime, tout en évitant certains réflexes qui, bien que compréhensibles, peuvent aggraver la situation.
Le cyberharcèlement : un phénomène encore trop sous-estimé
Le cyberharcèlement désigne des violences répétées exercées par l’intermédiaire des outils numériques : réseaux sociaux, messageries instantanées, jeux en ligne, forums ou SMS. Il peut s’agir de messages insultants, de moqueries publiques, de menaces, de rumeurs, de la diffusion de photos ou de vidéos sans consentement, ou encore de l’exclusion volontaire d’un groupe en ligne. Contrairement au harcèlement « classique », le cyberharcèlement ne s’arrête pas aux portes de l’école. Il peut survenir à tout moment de la journée, y compris à la maison.
Pour les enfants et adolescents, dont la vie sociale se construit largement en ligne, ces attaques peuvent être vécues comme une menace globale sur leur identité et leurs relations. Les conséquences sont souvent lourdes : anxiété, perte de confiance, isolement, troubles du sommeil, baisse des résultats scolaires ou refus d’aller à l’école. Pourtant, beaucoup n’osent pas en parler, par honte, peur des représailles, crainte de ne pas être crus ou de perdre l’accès à leur téléphone.
Même lorsque la relation avec les parents est bonne, l’enfant peut avoir du mal à se confier à vous. Par peur de vous inquiéter ou de provoquer des conflits, mais aussi simplement parce qu’il ne trouve pas les mots…
De leur côté, les adultes peuvent se sentir démunis face au numérique ou minimiser des faits qui se déroulent « en ligne ». Or, pour l’enfant, la violence est bien réelle. Être attentif aux changements de comportement (repli, irritabilité, agitation inhabituelle, baisse de concentration, isolement social) permet souvent d’ouvrir le dialogue.
Une écoute bienveillante et le fait de prendre sa parole au sérieux constituent une première étape essentielle pour l’aider à sortir de l’isolement et se sentir soutenu.
Comment réagir au mieux, sans céder à la panique ?
- Accueillir la parole de votre enfant (sans minimiser) : écoutez-le sans l’interrompre ni chercher immédiatement une solution. Remerciez-le de vous avoir fait confiance et rappelez-lui qu’il n’est en aucun cas responsable de ce qu’il subit.
- Conserver les preuves (même si c’est difficile) : messages, commentaires, photos, captures d’écran… Conservez tous les éléments liés au harcèlement en notant, si possible, les dates et les plateformes concernées. Ces preuves seront indispensables pour les démarches à venir.
- Ne pas répondre aux agresseurs mais sécuriser les comptes : répondre ou se justifier alimente souvent le harcèlement. Aidez plutôt votre enfant à bloquer les comptes concernés, à signaler les contenus et à renforcer les paramètres de confidentialité, en l’associant aux démarches.
- Informer l’école ou les adultes référents : même lorsque les faits se déroulent en ligne, ils ont fréquemment des répercussions dans la vie scolaire. Prévenez l’enseignant, le CPE ou le chef d’établissement en exposant la situation de manière factuelle, afin que des mesures adaptées puissent être mises en place.
- Demander de l’aide : si votre enfant montre un mal-être important, le numéro 3018, dédié aux violences numériques, peut vous accompagner gratuitement et en toute confidentialité. Un professionnel de santé peut également être sollicité si nécessaire.
Ce qu’il ne faut surtout pas faire
- Minimiser ou relativiser la situation : des phrases comme « ce ne sont que des mots » ou « ça va passer » peuvent donner à votre enfant le sentiment de ne pas être compris.
- Réagir dans la colère ou l’urgence : contacter directement les auteurs du harcèlement ou leurs parents, sous le coup de l’émotion, peut aggraver la situation et exposer votre enfant à de nouvelles attaques.
- Supprimer tous les écrans pour votre enfant : retirer brutalement le téléphone ou l’accès à Internet peut renforcer le sentiment d’isolement et dissuader votre enfant de se confier à nouveau. Même si cela part d’un bon sentiment, l’objectif est de le protéger, pas de lui donner l’impression d’être sanctionné.
- Agir sans l’informer ou sans son accord : même animé de bonnes intentions, agir à sa place sans lui expliquer les démarches peut lui donner le sentiment de perdre le contrôle.
Et si vous découvrez que votre enfant est à l’origine du cyberharcèlement d’un autre ?
Apprendre que son propre enfant a participé à des actes de cyberharcèlement peut être un choc… Entre colère, incompréhension, honte ou culpabilité, difficile de savoir comment réagir… Dans ce cas de figure, il est toutefois important de faire prendre conscience à son enfant de l’impact de ses actes et de l’aider à adopter un comportement plus responsable en ligne.
Comment réagir de manière calme, mais ferme ?
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Prendre le temps d’écouter et de comprendre la situation : avant de sanctionner, échangez avec votre enfant pour comprendre ce qui s’est passé : contexte, rôle joué, répétition des faits, intentions perçues.
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Nommer clairement les faits et rappeler le cadre : expliquez que ces comportements relèvent bien du cyberharcèlement, même lorsqu’ils sont perçus comme une « blague ».
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Aider votre enfant à prendre conscience des conséquences : invitez-le à se mettre à la place de la victime. Cette démarche favorise l’empathie et permet de mesurer l’impact réel des actes, souvent sous-estimé dans l’univers numérique.
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Réparer plutôt que punir uniquement : excuses, suppression des contenus, engagement à ne plus relayer : les démarches de réparation donnent du sens aux sanctions éventuelles. Si les comportements se répètent ou traduisent un mal-être plus profond, n’hésitez pas à solliciter l’aide de l’école ou d’un professionnel.
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Encadrer plus strictement les usages numériques : rediscutez ensemble des règles d’usage des écrans et des réseaux sociaux, en les adaptant à l’âge et à la maturité de votre enfant.
Le cyberharcèlement est une épreuve difficile, autant pour l’enfant que pour ses parents. Il n’existe pas de solution miracle, ni de réaction parfaite. En revanche, une chose est essentielle : ne pas rester seul et ne pas laisser la situation s’installer.
En écoutant votre enfant, en agissant progressivement et en vous entourant des bons relais, vous lui montrez qu’il peut compter sur vous, y compris dans le monde numérique. L’accompagner aujourd’hui, c’est aussi l’aider à construire une relation plus sereine et plus sécurisée aux outils numériques pour demain.
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