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Le métavers sera-t-il bon ou mauvais pour la planète ?

09.06.2022

Alors que le métavers, comme les réseaux sociaux avant lui, inquiète déjà quant aux dommages collatéraux qu’il pourrait entraîner sur la santé mentale de ses utilisateurs, c’est désormais à la menace environnementale de pointer le bout de son nez.

Nous entendons beaucoup parler du métavers depuis octobre 2021 et l’annonce en grande pompe par Mark Zuckerberg de la mutation du célèbre Facebook en Meta, engageant ainsi un investissement massif dans le développement de « l’Internet du futur », qui représenterait pour certains l’avènement du web 3.0.

En réalité, les métavers ne sont pas nouveaux, et M. Zuckerberg n’a rien inventé du tout. Le terme « métavers » est cité pour la toute première fois dans un roman de 1992, Snow Crash écrit par Neal Stephenson (le nom du roman en français est Le Samouraï Virtuel). Soit dit en passant, ce roman de science-fiction met en scène l’un des pires futurs dystopiques que l’on pourrait imaginer.

Depuis les années 2000, plusieurs métavers ont par ailleurs déjà été créés dans le secteur des jeux vidéo (Active Worlds en 1995, Le Deuxième Monde en 1997, Second Life en 2003, etc.).

En quoi consiste brièvement le métavers ?

En résumé, le métavers est un univers virtuel, parallèle à notre monde physique, persistant et interactif. Dans cet univers qui mélange réalité virtuelle, réalité augmentée et intelligence artificielle, les utilisateurs s’y déplacent et interagissent entre eux sous la forme d’avatars.

Au sein de ce monde du futur à mi-chemin entre réel et virtuel et hautement interactif, les avatars peuvent acheter, vendre et s’échanger des NFT (non-fungible token) grâce aux cryptomonnaies. Ainsi, il semble clair que le métavers crée de grandes opportunités commerciales pour les marques et s’avèrera être un excellent outil de communication, comme le sont devenus les réseaux sociaux.

On pourrait penser que le métavers, étant un monde entièrement virtuel, ne représenterait pas de réelles menaces pour l’environnement. C’était sans compter l’enchevêtrement de très hautes technologies, très énergivores, nécessaires à son développement et à son bon fonctionnement.

Les hautes technologies et le matériel nécessaires au métavers

Retour sur les technologies qui rendront possibles le métavers et leur impact environnemental.

Les datacenters :

Les métavers ont beau être des mondes virtuels, leur architecture et le nombre astronomique de données informatiques qu’ils vont générer devront être stockées sur des serveurs, eux-mêmes hébergés dans des data centers. Les data centers capteraient aujourd’hui 3 % de la consommation d’énergie mondiale, un chiffre appelé à grandir au regard de la numérisation galopante de notre monde, de la migration des données et applications vers le cloud computing, et de l’augmentation des données informatisées générées par les nouvelles technologies.

Pourtant, les principaux acteurs du numérique ne cessent de mettre en avant la neutralité carbone de leurs opérations, notamment par l’utilisation quasi-totale d’énergies renouvelables ou le recours aux crédits carbone.

L’intelligence artificielle :

L’intelligence artificielle sur laquelle reposera le métavers pour offrir en permanence à ses utilisateurs du contenu qui leur sera adapté se basera sur des algorithmes de deep learning très complexes, nécessitant une immense puissance de calcul et de nombreux serveurs de données.

Les cryptomonnaies et la blockchain :

L’utilisation de la blockchain au sein des métavers crée une économie décentralisée, non contrôlée par une seule et même entité. Les cryptomonnaies utilisées dans la technologie blockchain ont donc vocation à devenir la monnaie virtuelle utilisée au seinde s différents métavers, particulièrement pour la vente et l’achat de NFT.

Pourtant, la blockchain et les cryptomonnaies représentent déjà une menace environnementale grandissante du fait de leurs énormes besoins en électricité. Le minage de cryptomonnaies (en anglais, « mining »), qui consiste pour faire simple en la création de cryptomonnaies par un ordinateur après la résolution d’un problème mathématique, nécessite des ressources énergétiques très élevées.

Avec un engouement croissant pour la blockchain au niveau mondial, cette consommation d’énergie destinée au minage de cryptomonnaies est devenue dramatiquement exponentielle. La blockchain Bitcoin consommerait autant d’énergie sur un an que l’Argentine et la blockchain Ethereum autant que les Pays-Bas

De même, de nombreux centres de minage implantés autrefois en Chine se sont délocalisés aux États-Unis. La Chine a en effet interdit le minage de cryptomonnaies sur son sol pour des raisons — en partie — environnementales. Le minage de cryptomonnaies s’est en effet révélé bien trop énergivore pour un pays qui vise la neutralité carbone pour 2060 et dont la production d’énergie actuelle est encore largement alimentée par les centrales à charbon.

Aux États-Unis, ce n’est malheureusement pas le même son de cloche, puisque des centrales à charbon sont remises en service pour alimenter en électricité les « fermes de minage », au grand dam des défenseurs de l’environnement — et de l’environnement lui-même.

S’équiper pour aller dans le métavers :

Le matériel informatique que nous utilisons quotidiennement représente un bilan carbone phénoménal, en raison de l’extraction des ressources et l’utilisation d’énergie nécessaire à leur fabrication, de la consommation d’énergie faramineuse nécessaire au bon fonctionnement de ces mêmes appareils, mais également des serveurs où sont stockées toutes les données du web… Sans parler des amas de déchets électroniques que nous créons chaque année et qui, depuis 2021, pèseraient plus lourd que la Muraille de Chine.

S’équiper pour le métavers nécessitera de construire de nouveaux matériels informatiques gourmands en ressources et difficiles à recycler, et qui viendront s’ajouter à la situation déjà critique causée par nos usages numériques.

Le métavers peut-il avoir des répercussions positives sur nos émissions de gaz à effet de serre ?

Il ne faut pas non plus voir le mal partout : le métavers pourrait effectivement avoir des répercussions positives sur certains de nos usages néfastes pour l’environnement, par exemple, au niveau du transport et notamment de nos déplacements professionnels.

Immergées dans un monde virtuel interactif, les personnes pourraient, par exemple, travailler davantage en télétravail, ce qui réduirait les trajets en voiture (la voiture étant le moyen de transport préféré des Français·es pour se rendre sur leur lieu de travail, même pour des trajets courts), tout comme les voyages d’affaires en avion pourraient être radicalement réduits.

Pourtant, il faut là encore prendre ces informations avec des pincettes et les relativiser. Le secteur de l’aviation représenterait entre 2 et 4 % des émissions de GES, et la moitié de ces émissions serait générée par les 1 % de la population mondiale qui prend effectivement l’avion. Le secteur du numérique, aujourd’hui aux prémices déjà bien avancées d’une expansion fulgurante, représenterait en 2022, la même part d’émissions de GES…

Faut-il alors troquer les émissions de GES d’un secteur pour celles d’un autre, dont la croissance future va sans doute s’avérer bien plus forte que celle du secteur de l’aviation ?

La clé d’un futur durable serait donc la sobriété, autant pour les voyages dans les univers virtuels qu’en avion, comme l’a préconisé le 6ᵉ rapport du GIEC, publié lundi 4 avril 2022.

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